- Non, il est bien plus facile d'aller vite dans ce sens que dans l'autre et c'est assez facile à comprendre : on peut sans aucun risque perdre 5000m de dénivelée, l'air n'en devient que plus facile à respirer et courir redevient possible. Quant au confort, il est évident qu'il demeure sommaire au camp de base même si on peut parfois y prendre un petite douche chaude et qu'on y mange tout à fait correctement avec 3 repas par jour (tant que l'on ne monte pas dans les camps d'altitude bien sûr). Après 6 semaines retrouver le confort de la maison est un plaisir.
- Lorsque je suis parti au milieu de la nuit pour le sommet avec mon ami italien Diego, il faisait du vent et j'ai eu le sentiment que mes pieds et mes mains s'engourdissaient. Je devais agiter les orteils entre chaque pas et remuer les doigts en permanence dans mes moufles en duvet. Sans vent la température aurait été tout à fait supportable car les équipements en duvet sont fait pour ce genre d'occasion, mais le refroidissement apporté par le vent (facteur windchill) rendait mes chaussures un peu légères.(je n'ai que des Millets Shivling prévues pour 7000m tandis que tout le monde avait la Millet Everest à 550 euros...).
- S'il faisait -20°, avec le vent il faisait sans doute -40° et j'ai senti ce vent passer à travers mes semelles de chaussures, sensation inquiétante.
- Arrivé au camp 3 environ 15mn avant Diego je l'ai attendu à l'abri du vent à l'extérieur d'une tente et quand il est arrivé il avait déjà les pieds gelés et nous sommes entrés dans la tente pour qu'il ôte ses chaussures et se masse les pieds. Malgré des chaussures neuves faites pour les 8000m, il avait les pieds bleus et plus de sensation.
- Plus tard au sommet à 13h00, il faisait grand soleil, le vent était tombé et j'ai pu ôter mes moufles pour téléphoner sans avoir froid.
- Je n'ai pas été particulièrement gêné par le manque d'oxygène au sommet. Je ne me suis senti mal comme un poisson rouge hors de son bocal qu'après les 10m de corde fixe remontées trop vite avec simplement un T-bloc (un mini ascendeur bloqueur difficile à manipuler en moufles) juste au-dessus du camp 3 dans la bande jaune.
- Cependant le corps humain n'est pas fait pour vivre à cette altitude et ceux qui ont essayé de bivouaquer au-dessus de 8000m ou qui y ont été contraints, ont vu leur état se dégrader rapidement et beaucoup sont morts. A cause du manque d'oxygène pour irriguer les organes vitaux (voir billets de juin pour comprendre le manque d'oxygène qui est en fait un manque de pression atmosphérique), l'altitude supérieure à 8000m est réputée être à raison la zone de la mort où nous ne faisons que passer. Cela donne tout le charme à ce genre d'aventure.
- J'ai eu peur de me geler les pieds et de devoir renoncer alors que j'allais bien par ailleurs. Après être resté auprès de Diego pendant 3 heures au camp 3, j'ai décidé de le laisser et de prévenir les sherpas de l'équipe que je savais devoir croiser à leur retour du sommet et je suis parti au petit jour seul vers le haut. A ce moment, le vent était tombé et je n'avais plus aucune crainte. La partie n'était pas gagnée mais je me sentais bien et sûr de ma technique et de ma bonne acclimatation. Le fait d'être déjà monté à 8000m sur le Broad Peak en 2005 m'a donné confiance.
- Mes pires craintes étaient que la météo ne puisse même pas me laisser faire un tentative vers le sommet.
Est-ce que c'était dur?
La voie Tichy est une voie normale techniquement abordable par le plus grand nombre. Monter au camp 1 n'est qu'une marche dans un mauvais pierrier, pour aller au camp 2 il y a deux passages de sérac, le premier dépend des conditions mais il est raide sur 10 m à 60° environ et le deuxième plus court et ne dépassant pas 50°. Je suis passé deux fois sans utiliser les cordes pour me hisser mais l'effort à produire est intense au-dessus de 6500m.
Pour aller au camp 3, c'est une marche tranquille mais on est entre 7200m et 7600m et l'altitude se fait sentir.
La grosse difficulté reste la bande jaune au-dessus du camp 3 qui donne accès aux pentes mixtes pentues entre 7800m et le plateau sommital. Les sherpas avaient équipé le passage, mais à un endroit particulièrement raide et peu logique. Il m'a semblé, comme à Christian le guide autrichien de mon groupe, que d'autre passages plus neigeux existaient plus courts et plus faciles mais les sherpas ont tendance à aller droit devant, droit au-dessus, au plus court. Je suis sorti de ce passage très essoufflé car je n'avais que mon T-bloc et pas de poignée Jumar pour me tenir et me hisser, donc je me suis un peu précipité.
Au-dessus, c'est la très haute altitude et cela devient physiquement éprouvant d'autant que la trace est effondrée en de nombreux endroits et la neige pulvérulente sans consistance. Ce qui pose vraiment problème, c'est la trace à refaire parce qu'on ne peut pas trouver de rythme régulier pour avancer et qu'on est déjà lent. A cette altitude et avec ces difficultés, on ne peut guère faire que du 100m de dénivelée par heure, ce qui oblige à partir assez tôt, mais la face étant exposée nord-ouest, je trouve assez logique de partir au jour pour profiter du soleil.





IUT Laval
TRIPLEZERO
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