Le reste du groupe se repose mais il me tarde de retrouver un peu d'exercice après la dure journée d'hier passée à attendre. La crête de la montagne s'orne de drapeaux mais, chose plus curieuse, d'habits placés sous des cairns ( petits tas de pierre) et aussi de chiffons sur lesquels sont écrits des textes. De toute évidence la coutume veut qu'on apporte ici les habits des défunts pour honorer leur mémoire et laisser flotter tout cela dans le vent. Il y a même des jouets d'enfant et des peluches ce qui confère à cet endroit solitaire un aspect un peu lugubre, mais en même temps c'est une façon assez belle d'honorer les morts.
Je monte sans me presser mais sans traîner et c'est a peine si je sens un peu la migraine poindre au dessus de 4000m. Le vent souffle fort et je vois sous mes pieds la piste qui va nous mener demain à Tingri, prochaine longue étape en Jeep.
De retour en ville je me dirige vers le quartier de la vieille ville de Nyalam qui consiste en une rue bordée de maisons tibétaines datant d'avant l'invasion chinoise. Il est en retrait par rapport à la rue principale occupée par les bâtiments neufs du PC chinois ,de l'armée et de l'administration. La population tibétaine est très pauvre et on voit surtout des femmes et des filles faire de gros travaux de voirie et de construction parfois avec leurs tout petits enfants. D'autres enfants traînent dans la rue et disent "Hello". Ils sont souvent très sales et morveux mais il sourient. Certains réclament de l'argent et me frappent le pantalon quand ils n'obtiennent rien.
De toute évidence leur niveau de vie est très en-dessous de celui de la population chinoise environnante et on les emploie aux tâches ingrates : ramassage d'ordures et travaux difficiles. Le monastère est fermé d'un gros cadenas symbole de l'emprise chinoise sur ce peuple autrefois libre, mais les moulins à prière sont toujours la et les drapeaux aussi.

Voir cet excellent résumé de l'invasion et de l'occupation chinoise du Tibet : http://www.stratisc.org/strat_070_Hayez.html