L'air en haute altitude
Au sommet de l'Everest ou au niveau de la mer, l'air contient la même proportion d'oxygène, soit environ 20%. Cependant, la pression atmosphérique (densité de l'air) n'est pas la même. Elle diminue à mesure que l'altitude augmente pour atteindre une pression de l'ordre de 500 mbar à 5500 mètres et moins de 300 mbar à 8200m.
La pression partielle d'oxygène diminue selon la même échelle; il ne reste donc que 20 à 30% d'oxygène au sommet du Cho Oyu par rapport à la pression à laquelle le corps humain est habitué au niveau de la mer. On est alors dans la “zone de la mort”, c'est à dire que le corps humain n'est absolument pas fait pour vivre de manière prolongée à cette altitude et qu'il ne faut y séjourner qu'un minimum de temps.

Processus d'acclimatation
Tout d'abord, le corps s'adapte par une augmentation de la fréquence respiratoire : la respiration devient plus rapide et plus profonde pour mieux oxygéner le sang. La fréquence cardiaque s'accélère. Après quelques jours, l'organisme produit en plus grande quantité l'hormone favorisant le développement des globules rouges afin de transporter plus efficacement l'oxygène aux tissus pour combler le déficit.
La conséquence négative de ce processus d'adaptation est une viscosité du sang accrue et donc de risques de gelures liées à une moins bonne circulation du sang dans les vaisseaux.
Il est important de boire beaucoup pour compenser ce phénomène naturel, mais là encore la production d'eau en très haute altitude est longue, laborieuse et consommatrice de beaucoup de gaz de réchaud. Il est très important d'arriver aux camps d'altitude très tôt pour se donner le temps de faire fondre la neige et de bien s'hydrater.

Le Mal aigu des Montagnes
Lorsque le corps n'arrive pas à s'adapter en raison de la trop grande rapidité de l'ascension, les premiers symptômes du mal d'altitude apparaissent : grande fatigue, mal de tête, nausée, perte d'appétit, sensation de vertige, insomnie. En général repos et aspirine suffisent à résorber ce stade du MAM qui s’estompe en 3 à 4 jours.
L’aggravation du mal des montagnes peut conduire à deux complications redoutables, généralement mortelles : l’œdème pulmonaire et l’œdème cérébral de haute altitude.

Oedème cérébral
L'oedème cérébral est causé par l'accumulation de liquide dans le cerveau. Il s'accompagne des symptômes aggravés suivants : vomissements, maux de tête violents ne cédant pas à l'aspirine. Si on n'amorce pas la descente rapidement, la mort peut survenir en moins de 12 heures.

Oedème pulmonaire
L'oedème pulmonaire est causé par l'accumulation de liquide dans les poumons. Il s'accompagne des symptômes suivants : essoufflement anormal à l'effort, toux sèche et irritante, crachats rosés. Ces symptômes peuvent conduire au comas et à la mort dans les 6 heures si la descente n'est pas amorcée rapidement.

Ces complications sont la plupart de temps liée à l’un des deux facteurs suivants :
1- Montée trop rapide en altitude (surtout en début de séjour), et comme le CBA du Cho Oyu est très haut (5600m) il y a danger.
2- Séjour trop long en très haute altitude (Dès 6500 m, donc à fortiori pour un 8000m). Comme les camps d'altitude sont très hauts, y séjourner longtemps est une mauvaise et dangereuse solution.

Trouver le juste compromis
La technique alpine, légère et rapide qui est utilisée par de plus en plus d'expéditions suppose de trouver un juste compromis : si on monte trop vite, on s’expose aux œdèmes, si on reste trop longtemps en très haute altitude, l’organisme se dégrade. Signalons pour finir que la rapidité avec laquelle le corps s'ajuste à l'altitude est principalement génétique : elle varie donc d'un individu (bien entraîné) à l'autre. J'ai pu vérifier que l'altitude ne me posait pas trop de problèmes au Broad Peak en 2005, après une acclimatation longue et très progressive.

Les facteurs aggravants
Au manque d'oxygène s'ajoutent en général d'autres difficultés propres à la très haute altitude :
  • Le froid et le vent qui aggrave la sensation de froid (facteur windchill) peuvent rapidement provoquer des gelures.
  • Le vent peut souffler violemment sous forme de "jet stream" (Les pilotes de ligne les utilisent pour économiser du carburant) et tout arracher sur son passage, tentes et grimpeurs.

Jet stream ou courant jet sur l'Everest

Jet stream vu du ciel